Communiqué de presse
DEUX
GENES ASSOCIES A L'AUTISME IDENTIFIES
Deux gènes associés à l'autisme, dans deux familles dont plusieurs membres sont atteints, ont été mis en évidence par des chercheurs français et suédois de l'Institut Pasteur, de l'INSERM, de services de psychiatrie parisiens (CHU de Créteil et hôpital Robert Debré de l'AP-HP) et du département de psychiatrie de l'Université de Göteborg. C'est la première fois que des mutations génétiques sont identifiées précisément chez des personnes autistes. Ces résultats sont publiés en avant première sur le site de la revue Nature Genetics.
Depuis plusieurs années, bon nombre de recherches ont été menées sur la génétique de l'autisme. De nombreuses régions du génome ont été suspectées et des gènes candidats ont été incriminés, sans qu'aucun puisse être indubitablement associé au syndrome autistique. C'est désormais chose faite grâce à une étude menée par le groupe de Thomas Bourgeron à l'Institut Pasteur (Equipe Inserm 21 " génomique fonctionnelle et développement ", Université Paris VII) en collaboration avec Marion Leboyer (Unité Inserm 513 " neurobiologie et psychiatrie ", Université Paris XII, CHU de Créteil) et Christopher Gillberg de l'hôpital de l'université de Göteborg en Suède : ils ont identifié dans deux familles distinctes des mutations altérant deux gènes situés sur le chromosome X et qui semblent impliqués dans la formation des synapses (espaces de communication entre les neurones).
Une mutation génétique
a été mise en évidence sur le gène NLGN4 dans une
famille où deux garçons sont touchés, l'un d'autisme et
l'autre d'un syndrome autistique appelé syndrome d'Asperger (AS) (les
patients atteints de ce syndrome ont de meilleures performances cognitives et
une meilleure aptitude au langage que les patients atteints des autres formes
d'autisme). La mutation empêche la formation d'une protéine complète.
Dans une autre famille, qui comprend là encore deux frères affectés
l'un d'autisme et l'autre d'AS, une mutation touchant le gène NLGN3,
également héritée de la mère, a été
identifiée.
L'altération de NLGN3 ou de NLGN4 pourrait affecter certaines synapses essentielles aux processus de communication déficients chez les personnes présentant des troubles autistiques. Ces gènes codent en effet pour des protéines d'adhésion cellulaire localisées au niveau des synapses, ce qui suggère qu'un défaut dans la formation des synapses prédisposerait à l'autisme.
NLGN4 et NLGN3 se situent dans des régions du chromosome X qui avaient été associées à l'autisme dans d'autres études dont l'étude collaborative Paris Autism Research International Sib-Pair Study (PARIS) coordonnée par Marion Leboyer et Christopher Gillberg.
L'autisme est un syndrome
complexe classé parmi les troubles envahissants du développement.
Il est caractérisé par des déficits dans les interactions
sociales et la communication, associés à un répertoire
de comportements restreint, répétitif et stéréotypé,
qui apparaît avant l'âge de 3 ans. On estime aujourd'hui qu'un enfant
sur 1000 est atteint d'autisme, et l'on observe quatre fois plus de garçons
atteints que de filles.
Différentes constatations sont en faveur d'une prédisposition
génétique à l'autisme. Le risque de récurrence dans
les familles d'autistes est 45 fois plus élevé que dans la population
générale. De plus, les études épidémiologiques
menées chez des jumeaux monozygotes montrent que lorsqu'un des enfants
est atteint d'autisme, le deuxième a une probabilité de 60% d'être
également autiste, alors que ce risque est quasiment nul chez les jumeaux
dizygotes. L'augmentation du risque entre les fratries et la différence
de concordance démontrent le terrain génétique de l'autisme.
Mais il est très probable que plusieurs gènes soient impliqués
et qu'en outre les gènes responsables varient d'une famille à
l'autre.
Si les gènes aujourd'hui identifiés ne sont donc pas les seuls et uniques gènes de l'autisme, la présente étude ouvre néanmoins de nouvelles pistes de recherche pour mieux comprendre ce syndrome complexe et hétérogène qu'est l'autisme.
Cette étude a
été menée avec le soutien de la Délégation
à la Recherche Clinique de l'AP-HP, le ministère de la recherche
(ACI jeunes chercheurs), la Fondation France Telecom pour la recherche sur l'autisme,
la Fondation de France.
Source :
- "Mutations of
the X-linked genes encodage neuroligins NLGN3 and NLGN4 are associated with
autism" Nature Genetics - Mai 2003
Stéphane Jamain (1), Hélène Quach (1), Catalina Betancur
(2), Maria Rastam (3), Catherine Colineaux (2,4), I. Carina Gillberg (3), Henrik
Söderström (3), Bruno Giros (2), Marion Leboyer (2,5), Christopher
Gillberg (3,6), Thomas Bourgeron (1), & the PARIS study (7)
1 Laboratoire d'Immunogénétique
Humaine, Equipe INSERM 21, Université Paris 7, Institut Pasteur, Paris
2 Unité INSERM 513, Faculté de Médecine, Université
Paris XII, Créteil
3 Department of Child and Adolescent Psychiatry, Göteborg University, Suède
4 Département de Psychiatry de l'Enfant et de l'Adolescent, Hôpital
Robert Debré, Paris
5 Département de Psychiatrie, Hôpital Albert Chenevier et Henri
Mondor, Créteil
6 Saint George's Hospital Medical School, Londres, UK
7 Paris Autism Research International Sibpair Study
Cet article est en ligne sur le site de Nature Genetics: http://www.nature.com/ng/
Contacts :
- Clinique : Marion
LEBOYER - Tél : 01 49 81 30 51 - E-mail : leboyer@im3.inserm.fr
- Scientifique : Thomas BOURGERON - Tél : 01 40 61 32 16 - E-mail
:thomasb@pasteur.fr
- Service de presse de l'Institut Pasteur - Tél : 01 45 68 81
46 - E-mail : presse@pasteur.fr
- Service de presse de l'Inserm - Tél : 01 44 23 60 86/97 - E-mail
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