20 janvier 2003

Communiqué de presse du Groupe d'Etudes Français des Helicobacter (GEFH)

ERADIQUER LA BACTERIE HELICOBACTER PYLORI POUR PREVENIR LE CANCER GASTRIQUE

Au cours d'une conférence de presse à l'Institut Pasteur, jeudi 30 janvier 2003, le Groupe d'Etudes Français des Helicobacter, GEFH, a recommandé d'élargir le dépistage de la bactérie Helicobacter pylori et de l'éradiquer chez toutes les personnes infectées afin de prévenir la survenue des cancers gastriques. Il est, en effet, aujourd'hui clairement établi que la bactérie est responsable de ce type de cancer. Des études épidémiologiques ont montré qu'aucun cancer gastrique ne se développe en l'absence de Helicobacter pylori. Des outils de diagnostic fiables et non invasifs sont disponibles et un traitement très efficace permet de guérir l'infection chez 90% des patients.

Le GEFH estime qu'il est indispensable de rechercher systématiquement la présence de la bactérie Helicobacter pylori chez les personnes à risque élevé qui sont :
- les malades ayant eu une gastrectomie partielle pour cancer ;
- les parents du premier degré de malades ayant un cancer gastrique ;
- les malades ayant des lésions prénéoplasiques ( gastrite atrophique…)

Pour les individus n'ayant pas de facteur de risque identifié, le GEFH recommande également qu'un dépistage soit effectué et qu'un traitement soit proposé à toutes les personnes infectées qui se présentent dans un système de soin.

Le traitement de l'infection à Helicobacter pylori actuellement recommandé en France est une trithérapie de 7 jours associant un inhibiteur puissant de l'acidité gastrique (inhibiteur de la pompe à protons à double dose) et deux antibiotiques, le plus souvent l'amoxicilline et la clarithromycine.

La bactérie est éradiquée dans 70 % des cas après un premier traitement. Les facteurs d'échec sont la résistance primaire à la clarithromycine retrouvée dans 12 à 14 % des cas, la mauvaise observance du traitement, l'âge inférieur à 50 ans et le tabagisme.

Après un traitement de deuxième ligne, 90 % des patients sont guéris de leur infection.

Le traitement fait disparaître en quelques jours la bactérie et les signes d'activité de l'infection. L'inflammation persiste pendant 6 à 24 mois, puis la muqueuse redevient normale. Lorsqu' une atrophie muqueuse ou une métaplasie intestinale sont déjà présentes, ces anomalies persistent mais leur extension et leur aggravation sont stoppées.


Pour le Pr Delchier, président du GEFH, " Des études récentes ont montré le rôle majeur de Helicobacter pylori dans la survenue du cancer gastrique. Le pronostic est mauvais - 25 % de survie à cinq ans - du fait d'un diagnostic souvent tardif. Or, nous avons aujourd'hui les moyens de prévenir l'apparition de ce cancer, en recherchant Helicobacter pylori et en éradiquant la bactérie chez toutes les personnes infectées "

Les dernières données épidémiologiques montrent que le cancer gastrique le plus fréquent, l'adénocarcinome de type intestinal, survient presque constamment au terme de l'évolution d'une inflammation de la muqueuse gastrique provoquée par l'infection chronique par la bactérie Helicobacter pylori.

Une étude japonaise de suivi de 1500 sujets pendant 7 - 8 ans, a montré que les cas de cancers gastriques ne surviennent que chez des malades infectés par Helicobacter pylori.

On peut donc dire en 2003 : " pas de Helicobacter pylori, pas de cancer "

Ainsi, Helicobacter pylori est la première bactérie impliquée dans la genèse d'un cancer, le cancer de l'estomac, deuxième cancer à l'échelle mondiale.

En France, le cancer gastrique est le deuxième cancer digestif en termes d'incidence annuelle puisque 9000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année (34 000 pour le cancer du colon), soit un cas pour 7 000 habitants.

L'infection à Helicobacter pylori s'acquiert dans l'enfance. Dans la très grande majorité des cas, elle devient chronique, persiste plusieurs dizaines d'années voire toute la vie. Chez la plupart des individus, la gastrite chronique évolue sans autre conséquence et reste asymptomatique. Environ 10% des personnes infectées développeront une maladie ulcéreuse et 1% un cancer gastrique. Les données récentes montrent que l'évolution vers l'ulcère duodénal ou le cancer gastrique sont mutuellement exclusives et que l'évolution vers l'une ou l'autre des pathologies est fonction de prédispositions génétiques. L'évolution vers l'ulcère duodénal est associée à une gastrite antrale de l'estomac et à une hyper-sécrétion acide tandis que l'évolution vers l'atrophie gastrique puis le cancer est associé à une pangastrite (gastrite de l'antre et du fundus) et à une hypo-sécrétion acide.

En France, la recherche et le traitement de Helicobacter pylori sont actuellement recommandés uniquement chez les malades ayant un ulcère prouvé ainsi que chez les malades ayant un lymphome du MALT, tumeur rare susceptible de régresser après traitement anti Helicobacter pylori.

Pour étendre le dépistage il faudrait donc modifier les recommandations. Dans un premier temps on pourrait d'abord recommander de faire des biopsies gastriques systématiques lors des endoscopies gastriques.

 


Contacts :

- Pr. Delchier, Service de Gastroentérologie, Hôpital Henri-Mondor, 94010 Créteil Cedex -Tel. 01 49 81 23 51

- Dr. Lamarque, Service de Gastroentérologie, Hôpital Bichat, 75877 Paris - Tel. 01 40 25 72 00

- Dr. Courillon-Mallet, Service de Gastroentérologie, Centre Hospitalier, 94195 Villeneuve Saint Georges - Tel. 01 43 86 21 84

- Pr. Mégraud, C.H.U. Pellegrin, Lab. de Bactériologie, 33076 Bordeaux - Tel. 05 56 79 59 10

- Pr. Labigne, Unité de Pathogénie Microbienne des Muqueuses, Institut Pasteur, 75724 Paris - Tel. 01 45 68 83 43

- Dr. P. Vincent, Centre Hospitalier, 59037 Lille Cedex - Tel. 03 20 87 11 93

- Dr. J. Raymond, Laboratoire de Microbiologie, Hôpital Saint-Vincent de Paul, 75674 Paris Cedex 14 - Tel. 01 40 48 82 42

- Pr J-D. de Korwin, Service de Médecine H., CHU, 54035 Nancy Cedex - Tel. 03 83 85 26 78

- Pr. J.-L. Fauchère et Dr. C. Burucoa, Laboratoire de Microbiologie A, CHU, 86021 Poitiers Cedex Tel. 05 49 44 43 53