Paris, le 22 janvier 2002

Communiqué de presse

MALADIE DU CHARBON (ANTHRAX) :
Un vaccin testé avec succès chez l'animal offre des perspectives d'utilisation chez l'homme

L'équipe de Michèle Mock, à l'Institut Pasteur (Unité des Toxines et Pathogénie Bactérienne - CNRS URA 2172), a mis au point un vaccin expérimental protégeant contre la maladie du charbon. Ce travail, à paraître dans Infection and Immunity, démontre l'efficacité d'une préparation vaccinale originale et novatrice. Sur la base de ces résultats, obtenus chez l'animal, les chercheurs espèrent développer un vaccin utilisable chez l'homme.

La maladie du charbon, anthrax en anglais, - qui touche les mammifères, dont l'homme comme l'ont rappelé les récents événements bioterroristes - est due à la bactérie Bacillus anthracis, qui survit dans l'environnement sous une forme résistante appelée spore. Après leur entrée dans l'organisme, les spores germent pour donner naissance à des bacilles (bactéries en forme de bâtonnets) producteurs de toxines, qui se multiplient rapidement. Toxémie et septicémie, en dehors de tout traitement, conduisent à la mort.

Aucun vaccin à la fois dépourvu d'effets secondaires et hautement protecteur contre les souches virulentes du bacille du charbon n'est encore disponible pour l'homme. Il existe aujourd'hui un vaccin acellulaire, mis au point dans les années soixante aux Etats-Unis et au Royaume-Uni : il est constitué d'un composant des deux toxines de la bactérie, la protéine PA (pour " protective antigen "). Mais ce vaccin requiert plusieurs immunisations et s'avère surtout moins efficace que le vaccin atténué, composé de spores vivantes, qui est utilisé avec succès chez l'animal. Cependant, le vaccin vivant, en raison de ses effets secondaires toxiques, est considéré impropre à l'usage humain.

La protection conférée par le vaccin acellulaire existant (la protéine PA) permet de bloquer l'effet des toxines, mais elle est sans effet sur l'infection due à la multiplication des bacilles. Les chercheurs sont partis du principe que l'amélioration de ce vaccin devait se faire en ciblant également la phase précoce de l'infection : pour cela, il faut neutraliser les spores dès leur entrée dans l'organisme, et ainsi bloquer l'étape de germination.

L'équipe de Michèle Mock a donc testé une préparation vaccinale composée de PA (vaccin acellulaire actuel) auquel ont été ajoutées des spores tuées (inactivées au formaldehyde).

Cette combinaison a été expérimentée chez des cobayes, animaux couramment utilisés pour tester des vaccins contre la maladie du charbon, et chez des souris, qui sont très sensibles à l'infection et donc particulièrement difficiles à protéger.

Une protection totale envers des souches virulentes de Bacillus anthracis a été obtenue chez les deux modèles animaux, dans des conditions où l'immunisation par la seule protéine PA échouait.

Les chercheurs pensent que cette préparation vaccinale "pourrait servir de base à la première formulation, à usage humain, d'un vaccin sous-unitaire aussi protecteur que l'actuel vaccin vivant vétérinaire ".

L'équipe pasteurienne travaille désormais à caractériser les mécanismes de la réponse immunitaire induite par ce vaccin expérimental et à identifier les composants des spores spécifiquement impliqués dans la protection.


Source :

- " Anthrax spores make an essential contribution to vaccine efficacy " : Infection and Immunity. Février 2002, p.661-664.

Fabien Brossier, Martine Levy, et Michèle Mock

Unité des Toxines et Pathogénie Bactérienne (CNRS URA 2172), Institut Pasteur, 75725 PARIS Cedex 15


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