Communiqué de presse
Première
identification de gènes
de sensibilité aux papillomavirus humains
Gérard Orth, Nicolas Ramoz et Michel Favre de l'Unité des Papillomavirus de l'Institut Pasteur, en collaboration avec des dermatologues colombiens et algérien, viennent d'identifier deux gènes impliqués dans la sensibilité à certains papillomavirus humains, dont le PVH 5 à l'origine de cancers cutanés. Une analyse génétique de familles consanguines (mariages entre cousins) atteintes d'épidermodysplasie verruciforme, une maladie génétique dermatologique évoluant généralement en cancer de la peau, a permis de démontrer qu'une mutation dans l'un de ces deux gènes confère une sensibilité anormale à ces virus. Ces travaux sont publiés en ligne dans " Nature Genetics ".
Les papillomavirus humains (PVH) constituent une famille d'environ 200 virus. Certains d'entre eux sont responsables de pathologies variées, le plus souvent bénignes, qui affectent la peau ou les muqueuses (verrues cutanées, condylomes ano-génitaux, papillomes laryngés ).Tandis que d'autres ont un potentiel oncogène. C'est le cas des PVH 16 et 18 à l'origine de cancers du col de l'utérus et du PVH 5, associé à des cancers de la peau chez des individus atteints d'une maladie dermatologique génétique récessive rare, l'épidermodysplasie verruciforme (EV).
Cette maladie est bien caractérisée grâce aux travaux menés depuis de nombreuses années par l'Unité des Papillomavirus de l'Institut Pasteur, dirigée par Gérard Orth. Les chercheurs ont notamment montré que les malades atteints d'EV sont anormalement sensibles à certains types de PVH, et particulièrement au pouvoir oncogène de certains, comme le PVH5, mais aussi les PVH 8, 14, 17, 20 ou 47. Ces travaux avaient permis à l'équipe de Gérard Orth de mettre en évidence, pour la première fois, l'association d'un cancer humain à un PVH.
Les virus associés à l'EV sont différents des PVH associés aux cancers génitaux. Ils sont largement répandus dans la population générale mais, chez la grande majorité des individus, ils ne provoquent pas de maladie. Chez les malades atteints d'EV, ces mêmes virus déclenchent le développement de verrues cutanées planes, persistantes et disséminées sur tout le corps. Certaines de ces lésions peuvent évoluer en cancers, surtout dans les zones exposées au soleil. L'EV est donc une maladie modèle pour l'étude des facteurs génétiques de la sensibilité aux papillomavirus.
L'analyse génétique de familles consanguines atteintes d'EV avait permis à l'équipe pasteurienne de localiser, en 1999 et en 2000, deux régions chromosomiques liées à la prédisposition aux papillomavirus associés à l'EV : EV1 et EV2.
Aujourd'hui, les scientifiques ont réussi à identifier, dans le locus EV1, deux nouveaux gènes, EVER1 et EVER2, dont les mutations sont associées à la maladie.
A l'état normal, ces gènes contrôlent l'infection. Par contre, la maladie se déclare chez tous les individus chez qui l'un ou l'autre de ces gènes porte une mutation à l'état homozygote. Chez ces patients, les lésions bénignes apparaissent dès le plus jeune âge, entre 6 et 10 ans, et elles persistent. Dans les cas où des cancers surviennent, ils apparaissent également chez des personnes jeunes (entre 16 et 38 ans) et les cellules cancéreuses contiennent le génome du PVH 5. Dans la population générale les cancers de la peau essentiellement dus au soleil, surviennent généralement chez des individus plus âgés.
Les mutations des gènes EVER1 et EVER2, mises en évidence dans les familles consanguines sont rares car elles n'ont pas été retrouvées chez des individus de la population générale.
Cette première identification de gènes impliqués dans la sensibilité à des PVH oncogènes ouvre des perspectives pour la compréhension des bases génétiques des variations inter-individuelles de la sensibilité à des virus dont certains sont oncogènes.
La poursuite de ces travaux devrait, à terme, permettre d'envisager des approches prédictives et thérapeutiques.
On voit ici toute l'importance
de la génétique de la sensibilité aux maladies infectieuses,
une discipline essentielle pour la compréhension de la pathogenèse
des maladies virales, bactériennes, fongiques ou parasitaires.
Source :
" Mutations in two adjacent novel genes are associated with epidermodysplasia verruciformis ", Nature Genetics, vol 32, décembre 2002
N. Ramoz (1), L.A. Rueda (2), B. Bouadjar (3), L.S Montoya (4), G. Orth (1) and M. Favre (1)
1- Unité des Papillomavirus,
Institut Pasteur, Paris
2- Unidad Dermatologica, Bogota, Colombie
3- Centre Hospitalier Universitaire de Bab-el-Oued, Alger
4- Universidad Industrial de Santander, Colombie
Contacts :
- Gérard Orth,
Chef de l'Unité des Papillomavirus - Tél : 01 45 68 87 42 - Mél
: gorth@pasteur.fr
- Michel Favre,
Unité des Papillomavirus - Tél : 01 45 68 87 45 - Mél :
mfavre@pasteur.fr
- Service de Presse,
Institut Pasteur, Paris
Tél : 01 45 68 81 46 ; e-mail : presse@pasteur.fr
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