Des souris dont le système immunitaire a été partiellement "humanisé" ont été utilisées pour sélectionner des peptides d'intérêt pour un vaccin anti-VIH, comme le montre une étude menée par l'Unité d'Immunité Cellulaire Antivirale de l'Institut Pasteur, à paraître dans European Journal of Immunology. Ces travaux, réalisés en collaboration avec le Généthon* (laboratoire d'immunologie) et l'INSERM, ont déjà permis la construction d'un candidat-vaccin qui a induit des réponses immunitaires cellulaires à long terme chez l'animal.
L'arme majeure du système immunitaire contre l'infection VIH est une catégorie de globules blancs capables de détruire les cellules infectées : les lymphocytes T cytotoxiques (CTL). Par ailleurs, la présence de plusieurs types de CTL, chacun dirigé contre un peptide donné du virus, paraît associée à une meilleure défense. Il semble donc important pour déclencher une bonne réponse immunitaire par la vaccination - qu'elle soit à visée préventive ou thérapeutique - d'associer différents peptides immunogènes (épitopes), inducteurs de CTL. De nombreux laboratoires dans le monde se sont consacrés ces dernières années à la recherche de tels épitopes. Comment les sélectionner, les évaluer, voire les améliorer? Des souris au système immunitaire partiellement " humanisé "**, conçues ces dernières années dans l'Unité d'Immunité Cellulaire Antivirale, ont été utilisées dans ces objectifs.
Ce modèle animal a permis dans un premier temps de comparer le pouvoir immunogène de 17 épitopes du VIH-1 déjà rapportés dans la littérature. Les chercheurs ont ensuite évalué la possibilité d'améliorer, grâce à une méthode développée dans l'unité en collaboration avec des chercheurs de l'INSERM, l'immunogénicité de certains de ces épitopes et montré qu'une optimisation pouvait en effet être obtenue.
Ce travail a permis de sélectionner 13 épitopes fortement immunogènes, relativement bien conservés parmi les isolats viraux, et capables d'induire des réponses CTL également actives contre les principaux variants naturels du virus.
Ils ont été assemblés pour construire un polyépitope qui a été couplé à une protéine de surface du virus de l'hépatite B (servant de vecteur) en vue d'une vaccination à ADN. Ce candidat-vaccin, injecté dans le muscle de souris, a induit des réponses CTL de longue durée contre la plupart des épitopes du candidat-vaccin.
Il est encore trop tôt pour affirmer l'intérêt d'un tel candidat-vaccin chez l'homme, la transposition des observations faites chez la souris au système humain étant toujours matière à débat. Mais les chercheurs ont bon espoir à travers leur modèle de pouvoir sélectionner les épitopes les plus prometteurs pour l'homme. De plus, ce modèle semble applicable à l'optimisation de leur potentiel vaccinal. En effet, la présentation des épitopes au système immunitaire est dépendante des molécules grâce auxquelles les lymphocytes cytotoxiques différencient le soi (une cellule normale) du non-soi (une cellule infectée par un virus). C'est en améliorant l'ancrage des épitopes à ces molécules que les chercheurs ont réussi à augmenter leur pouvoir immunogène. Or, ces molécules sont précisément des molécules humaines chez les souris utilisées dans cette étude. La méthode d'optimisation des peptides d'intérêt vaccinal est donc théoriquement transposable à l'homme.
Au-delà de données prometteuses sur un candidat-vaccin contre l'infection par le virus du sida, cette étude souligne également l'intérêt d'un modèle animal qui pourrait aider à l'évaluation d'autres stratégies vaccinales, contre le sida ou d'autres pathologies.
* Le Généthon est le laboratoire de l'AFM financé grâce aux dons du Téléthon.
** Souris transgéniques ayant un système
de reconnaissance du soi humain (HLA) représentatif d'une grande
partie de la population (50% de la population caucasienne notamment). Des
souris dont le système de reconnaissance du soi et du non-soi couvre
une plus grande partie de la population humaine sont en cours d'obtention
dans l'Unité d'Immunité Cellulaire Antivirale.
Source : " Design of a polyepitope construct for the induction of HLA-A0201-restricted HIV 1-specific CTL responses using HLA-A*0201 transgenic, H-2 classI KO mice " : European Journal of Immunology. 1er octobre 2001
Hüseyin Firat (1,5), Sophie Tourdot (2), Abel Ureta-Vidal (1), Antonio Scardino (2), Andreas Suhrbier (3), Florence Buseyne (4), Yves Rivière (4), Olivier Danos (5), Marie-Louise Michel (6), Konstadinos Kosmatopoulos (2) et François A. Lemonnier (1)
1 Unité d'Immunité Cellulaire Antivirale,
Département SIDA-Rétrovirus, Institut Pasteur, France
2 Unité INSERM 487, Villejuif, France
3 Queensland Institute of Medical Research, PO Royal Brisbane Hospital,
Australie
4 Unité de Recombinaison et Expression Génétique, Unité
INSERM 163, Département SIDA-Rétrovirus, Institut Pasteur,
Paris, France
5 Genethon III, CNRS, URA 1923, Evry, France
6 Laboratoire d'Immunopathologie Virale, URA CNRS 1930, Département
SIDA-Rétrovirus, Institut Pasteur, France
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