Paris, le 26 octobre 2001

Communiqué de presse

Séquences complètes et comparaison des génomes de Listeria monocytogenes et d'une bactérie apparentée non pathogène :
Une voie ouverte pour un meilleur contrôle de la listériose…

Les séquences des génomes de la bactérie responsable de la listériose, Listeria monocytogenes, et de la bactérie non pathogène Listeria innocua, et leur comparaison, sont publiés dans la revue Science. Ce travail, coordonné par Pascale Cossart et Philippe Glaser de l'Institut Pasteur, va permettre de mieux comprendre la virulence de Listeria monocytogenes, et marque donc une avancée importante pour les recherches sur cette bactérie. Les projets qui en découlent devraient déboucher sur de meilleurs outils de surveillance et de lutte contre cet agent pathogène qui menace notre santé via l'alimentation.

La listériose est une infection contractée par l'ingestion d'aliments contaminés par Listeria monocytogenes, qui se manifeste par des méningites, méningo-encéphalites, septicémies, avortements, infections périnatales et gastro-entérites. Mortelle dans 20 à 30% des cas, elle touche préférentiellement des personnes immunodéprimées naturellement (femmes enceintes, nouveaux-nés, personnes âgées) ou à l'occasion d'une maladie (cancer, cirrhose, traitement immunosuppresseur…). Plusieurs milliers de cas sont signalés dans le monde chaque année, principalement en Europe et aux Etats-Unis. La listériose est habituellement sporadique (un peu plus de 200 cas par an en France). Cependant Listeria monocytogenes peut aussi être à l'origine d'épidémies : en février 2000, une alerte grave a été lancée par le gouvernement français dans toute l'Europe entraînant le retrait de la vente de produits de charcuterie. Trente-deux cas avaient alors été identifiés entraînant le décès de sept personnes.

La présence de la bactérie est favorisée par l'allongement de la chaîne du froid (entrepôts frigorifiques industriels, réfrigérateurs ménagers) : en effet, contrairement à beaucoup de bactéries, elle se développe encore entre 3 et 5°C et la congélation (-15°C) arrête sa croissance mais ne la détruit pas. En France, les aliments dans lesquels Listeria monocytogenes est le plus fréquemment retrouvée sont les produits laitiers, et en particulier les fromages à pâte molle, mais aussi les charcuteries, notamment les plats prêts à consommer comme les rillettes, pâtés, langue de porc en gelée, les viandes et les volailles, les crudités, les poissons fumés et les fruits de mer.

La variété d'aliments dans lesquels peut se nicher Listeria monocytogenes fait d'elle une menace non seulement pour les consommateurs, mais aussi pour les industriels de l'agro-alimentaire. Risque sanitaire, la listériose est également un problème économique, et les industries sont en attente de meilleurs outils pour éviter la contamination des aliments.

A l'Institut Pasteur, Pascale Cossart, chef de l'Unité des Interactions Bactéries-Cellules, et Philippe Glaser, co-directeur du Laboratoire de Génomique des Microorganismes pathogènes, ont coordonné un consortium européen* pour le séquençage du génome de Listeria monocytogenes. Parallèlement, les deux équipes pasteuriennes ont entrepris le séquençage du génome d'une espèce non pathogène : Listeria innocua. C'est la première fois que sont publiées ensemble les séquences génomiques d'une bactérie pathogène et d'une bactérie non pathogène du même genre bactérien. La comparaison de ces deux génomes apporte des informations primordiales aux chercheurs : 270 des 3000 gènes de Listeria monocytogenes sont absents chez Listeria innocua. Leur étude va permettre non seulement de mieux cerner les gènes responsables de la virulence de l'agent de la listériose, mais aussi de mieux comprendre sa grande capacité d'adaptation à différents milieux.

Dans cet objectif , une vaste étude a été entreprise en collaboration avec le Centre National de Référence (CNR) des Listeria, situé à l'Institut Pasteur et dirigé par Paul Martin : ce CNR détient une importante collection, de plus de quatre-vingt mille souches de Listeria d'origines épidémiologiques différentes. Grâce à la connaissance du génome de la bactérie, les chercheurs pasteuriens développent actuellement des puces à ADN qui vont permettre l'étude simultanée de centaines de souches : des souches prélevées de l'environnement, des souches provenant d'aliments, des souches isolées de malades. L'objectif : mieux comprendre comment se caractérisent les souches le plus souvent responsables de listériose, et plus particulièrement celles provoquant des épidémies. Les puces à ADN vont aussi servir à analyser "les réactions" de Listeria en réponse à divers environnements. En effet, en cernant mieux le comportement de Listeria dans l'environnement, le contrôle de l'éradication de cette bactérie dans les aliments pourra être renforcé. De nouveaux moyens pourraient notamment être élaborés pour limiter sa croissance dans les aliments ou dans les usines qui les fabriquent.

Les puces à ADN vont aussi permettre d'automatiser et d'affiner les méthodes de surveillance microbiologique, ce qui favorisera des interventions plus rapides en cas d'épidémies.

* Un programme de post-génomique pour Listeria monocytogenes, également financé par la Commission Européenne, est en cours.
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Source : " Comparative Genomics of Listeria species " : Science, 26 octobre 2001.
P. Glaser (1), L. Frangeul (1), C. Buchrieser (1), C. Rusniok (1), A. Amend (4), F. Baquero (5), P. Berche (6), H. Bloecker (7), P. Brandt (7), T. Chakraborty (4), A. Charbit (6), F. Chetouani (1), E. Couvé (1), A. de Daruvar (8), P. Dehoux (2), E. Domann (4), G. Dominguez-Bernal (9), E. Duchaud (1), L . Durant (6), O. Dussurget (2), K.-D. Entian (10), H. Fsihi (2), F. Garcia-Del Portillo (11), P. Garrido (9), L. Gautier (8), W. Goebel (12), N. Gomez-Lopez (11), T. Hain (4), J. Hauf (10), D. Jackson (8), L.-M. Jones (3), U. Kaerst (7), J. Kreft (12), M. Kuhn (12), F. Kunst (1), G. Kurapkat (8), E. Madueno (11), A. Maitournam (1), J. Mata Vicente (5), E. Ng (12), H. Nedjari (1), G. Nordsiek (7), S. Novella (9), B. de Pablos (11), J.-c. Perez-Diaz (5), R. Purcell (1), B. Remmel (8), M. Rose (10), T. Schlueter (8), N. Simoes (1), A. Tierrez (9), J.-A. Vasquez-Boland (9), H. Voss (8), J. Wehland (7), P. Cossart (2)

1 Laboratoire de Génomique des Microorganismes Pathogène, Institut Pasteur, Paris, France
2 Unité des Interactions Bactéries-Cellules, Institut Pasteur, Paris, France
3 Service d'Informatique Scientifique, Institut Pasteur, Paris, France
4 Institute for medical Microbiology, Francfort, Allemagne
5 Servicio de Microbiologia, Hospital Ramon y Cajal, Madrid, Espagne
6 Unité INSERM U411, Faculté de médecine Necker-Enfants Malades, Paris, France
7 Department of cell Biology and Immunology, GBF, Braunschweig, Allemagne
8 LION Bioscience AG, Heidelberg, Allemagne
9 Grupo de Patogenesis Molecular Bacteriana, Faculdad de Veterinaria, Madrid, Espagne
10 Scientific Research and Development GmbH, Oberursel, Allemagne
11 Centro de Biologia Molecular, Universidad Autonoma de Madrid, Espagne
12 TBI-Biozentrum, Universität Würzburg, Allemagne

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Contacts :

- Pascale COSSART - tél : 01 45 68 88 41 - fax : 01 45 68 87 06- mél : pcossart@pasteur.fr
- Philippe GLASER - tél : 01 45 68 89 96 - fax : 01 45 68 87 86 - mél : pglaser@pasteur.fr
- Service de Presse - tél : 01 45 68 81 46 - fax : 01 40 61 30 30 - mél : presse@pasteur.fr

Pour en savoir plus sur l'étude des génomes à l'Institut Pasteur, consultez notre dossier La génomique à l'Institut Pasteur