
Deux équipes de l'Institut Pasteur ont mis au point un composé immunogène synthétique capable de provoquer le rejet de tumeurs. Ce travail, réalisé grâce à une collaboration entre immunologistes et chimistes, constitue un pas important dans la recherche de vaccins thérapeutiques contre les cancers. Il vient d'être publié dans "Journal of Immunology". Des composés utilisables chez l'homme sont déjà en cours de développement et de test sur des souris humanisées.
L'identification d'antigènes associés
à des tumeurs a ouvert la voie à la recherche de vaccins thérapeutiques
contre les cancers. Parmi eux, l'antigène Tn est fortement exprimé
dans plusieurs cancers, notamment ceux de la prostate, du colon, du sein
et du poumon.
A l'Institut Pasteur, l'équipe de Claude LECLERC, Unité Biologie
des Régulations Immunitaires et le groupe de Sylvie BAY, Unité
de Chimie Organique, ont élaboré un nouveau type de composé,
totalement synthétique, MAG ( Multiple Antigenic Glycopeptide), contenant
l'antigène tumoral Tn, associé à un peptide capable
de stimuler les réponses immunitaires cellulaires, le tout, porté
par un squelette peptidique.
Ce composé, s'est révélé être un très
bon immunogène : injecté à des souris, il induit la
production d'anticorps dirigés contre l'antigène tumoral.
Ces anticorps reconnaissent l'antigène Tn à la surface de
différentes cellules tumorales murines et humaines.
Puis, les chercheurs ont montré qu'une vaccination prophylactique avec MAG, protège les souris contre l'apparition d'une tumeur, dans 70 à 90% des cas, selon la dose administrée.
Enfin et surtout, le traitement de souris, déjà atteintes de tumeurs, par ce composé synthétique, a permis à 80 % des souris, ainsi traitées, de rejeter les tumeurs et de survivre à la maladie.
Sur la base de ces résultats encourageants,
des composés synthétiques, utilisables chez l'homme, sont
en cours de développement et de test chez des souris humanisées.
La construction choisie offre plusieurs avantages, comparée aux conjugués
protéiques existants, notamment :
- le squelette de carbone n'est pas immunogène, donc les réponses
immunitaires sont exclusivement dirigées contre l'antigène
tumoral
- l'antigène Tn a été synthétisé de façon à se rapprocher le plus possible de la structure qu'il a, à l'état naturel, dans les tumeurs
- l'immunogène synthétique est défini, en termes de composition et de structure, ce qui est un critère de sécurité essentiel en vue d'une utilisation chez l'homme.
L'ensemble de ces travaux ouvre la voie à la mise au point de vaccins thérapeutiques contre les cancers mais aussi contre d'autres maladies, notamment d'origine bactérienne. La vaccination thérapeutique offre aussi une dimension nouvelle à la vaccination traditionnelle.
Richard LO-MAN, Unité de Biologie des Régulations
Immunitaires, tél : 01 45 83 52
E-mail : rloman@pasteur.fr
Sylvie BAY
, Unité de Chimie Organique, tél : 01 45 68 83 97
E-mail : sbay@pasteur.fr
Service de Presse, tél : 01 45 68 81 47 , E-mail : presse@pasteur.fr
Source :
Anti-Tumor Immunity Provided by a Synthetic Multiple Antigenic Glycopeptide
Displaying a
tri-Tn Glycotope, The Journal of Immunology, 2001, 166
Richard Lo-Man1, Sophie Vichier-Guerre 2,
Sylvie Bay 2, Edith Dériaud 1, Danièle
Cantacuzène 2 & Claude Leclerc 1
1 Unité de Biologie des Régulations
Immunitaires, Institut Pasteur, Paris
2 Unité de Chimie Organique, Institut Pasteur, Paris