Paris, le 22 février 2001


Communiqué de Presse

Séquençage du bacille de la lèpre:

un pas décisif dans la lutte contre la maladie

 

Le séquençage total du génome du bacille de la lèpre (3,3 Mb) a été réalisé grâce à une collaboration entre l'équipe de Stewart Cole à l'Institut Pasteur et celle de Bart Barrell du Sanger Centre au Royaume-Uni. Il apporte de grands espoirs, notamment, pour le dépistage précoce de la maladie et la mise au point de nouveaux traitements. Ce travail est publié dans la revue Nature du 22 février 2001.

La lèpre n'a pas encore disparu de la surface du globe. L'OMS recense environ 700.000 nouveaux cas chaque année dans le monde, et 2 millions de personnes souffrent de graves infirmités consécutives à cette maladie. Rappelons que le traitement actuel (polychimiothérapie), s'il est efficace, est extrêmement lourd, impliquant entre 6 mois et plus de 12 mois de prise quotidienne d'une combinaison d'antibiotiques.

La lèpre est une maladie infectieuse chronique qui provoque principalement des lésions de la peau, des nerfs périphériques, des muqueuses des voies aériennes supérieures et des yeux. Les mutilations qu'elle provoque entraînent rejet et exclusion des lépreux dans la plupart des sociétés.

Les dix pays les plus touchés dans le monde représentent à eux seuls 90% des cas de lèpre recensés et sont : Brésil, Guinée, Inde, Indonésie, Madagascar, Mozambique, Myanmar, Népal, République démocratique du Congo et Tanzanie.

En France, environ 250 personnes suivent un traitement contre la lèpre, et chaque année, on recense environ 25 nouveaux cas.

Le séquençage du génome du bacille de la lèpre (Mycobacterium leprae) représente une priorité pour la recherche sur cette maladie et pour son contrôle. La collaboration entre l'Unité de Génétique Moléculaire Bactérienne de l'Institut Pasteur, dirigée par Stewart Cole, et la Pathogen Genome Sequencing Unit du Sanger Centre (Royaume-Uni), dirigée par Bart Barrell, a débuté en 1996. Ce projet de séquençage a été financé par le Heiser Program for Research in Leprosy and Tuberculosis of the New York Community Trust et l'Association Raoul Follereau.

Aujourd'hui, les chercheurs disposent de l'intégralité de la séquence génomique du bacille Mycobacterium leprae. Sa comparaison avec le bacille de la tuberculose, Mycobacterium tuberculosis, a été entreprise. Les patrimoines génétiques de ces deux mycobactéries sont en effet très proches : certains groupes de gènes ont jusqu'à 93% d'homologie. Mais le génome de M. leprae est plus petit que celui de M. tuberculosis : 3,3 Mb contre 4,4 Mb. Le bacille de la lèpre semble s'être "débarrassé" de gènes qui ne sont pas essentiels. Ceci explique son faible taux de croissance, qui rend impossible la culture du bacille de la lèpre au laboratoire, particularité qui a freiné les recherches sur cette bactérie. Moins de la moitié du génome contient des gènes fonctionnels. Par contre, des pseudogènes - gènes inactifs ayant des analogues fonctionnels chez M. tuberculosis, sont nombreux.

L'analyse comparative des génomes de M. tuberculosis et M. leprae montre que certains gènes du bacille de la lèpre ne sont pas retrouvés dans le génome du bacille de la tuberculose : ils pourraient fournir des cibles pour la mise au point de tests de diagnostic de la lèpre. L'élimination de la maladie nécessite une amélioration du dépistage afin de traiter plus tôt les individus infectés, ce qui réduira la contagion (les malades ne sont plus contagieux dès la première dose du traitement) et limitera les complications neurologiques de la maladie. Ces gènes spécifiques du bacille de la lèpre lui confèrent peut - être également certaines propriétés particulières, comme son neurotropisme débouchant sur la dégradation des nerfs.

L'approche comparative en cours devrait aussi permettre d'identifier de nouvelles cibles thérapeutiques et être utile à la création rationnelle de médicaments pour le traitement de la lèpre. Le traitement actuel, s'il est efficace, est un traitement extrêmement lourd - impliquant entre 6 mois (pour les formes les moins graves) et plus de 12 mois de prise quotidienne d'une combinaison d'antibiotiques - difficile à mettre en oeuvre dans des pays souvent insuffisamment équipés en centres de soins.



Contacts
:
- Stewart Cole,
Unité de Génétique moléculaire bactérienne, Institut Pasteur
Tél : 01 45 68 84 46 - E-mail : stcole@pasteur.fr
- Service de presse de l'Institut Pasteur
Tél : 01 45 68 81 46 - E-mail : presse@pasteur.fr

Source :
Massive gene decay in the leprosy bacillus, Nature, vol 409, 1007 1011, 22 février 2001

S T Cole1 , K. Eiglmeier1, J. Parkhill2, K.D. James2, N.R. Thomson2, P.R. Wheeler3, N. Honoré1, T. Garnier1, C. Churcher2, D. Harris2, K. Mungall2, D. Basham2, D. Brown2, T. Chillingworth2, R. Connor2, R.M. Davies2, K. Devlin2, S. Duthoy1, T. Feltwell2, A. Fraser2, N. Hamlin2, S. Holroyd2, T. Hornsby2, K. Jagels2, C. Lacroix1, J. Maclean2, S. Moule2, L. Murphy2, K. Oliver2, M.A. Quall2, M.A. Rajandream2, K.M. Rutherford2, S. Rutter2, K. Seeger2, S. Simon1, M. Simmonds2, J. Skelton2, R. Squares2, S. Squares2, K. Stevens2, K. Taylor2, S. Whitehead2, J.R. Woodward2 & B.G. Barrell2

1 Unité de Génétique Moléculaire Bactérienne, Institut Pasteur, Paris, France
2 Sanger Centre, Wellcome Trust Genome Campus, Hinxton, Royaume-Uni
3 Veterinary Laboratories Agency, Addlestone, Royaume-Uni