Paris, le 15 septembre 2000
Communiqué de Presse


UN VOILE SE LEVE SUR LA MYSTERIEUSE FONCTION

DU PRION


A quoi sert le prion ? La fonction de cette protéine dont la forme dénaturée provoque des maladies neurodégénératives chez l'homme, le mouton et la vache était jusqu'ici totalement inconnue. Une piste découverte par des chercheurs de l'Institut Pasteur associés au CNRS - et de l'hôpital Lariboisière va permettre de lever le mystère : la protéine prion est associée à une voie de signalisation cellulaire et intervient probablement dans la régulation des fonctions des neurones. Ce travail est publié dans la revue Science.


La maladie de la vache folle, la forme de maladie de Creutzfeldt-Jakob qui lui est associée chez l'homme et la tremblante du mouton sont provoquées par le repliement anormal d'une protéine présente à la surface des neurones : la protéine prion. Sans que l'on sache comment, la présence de cette protéine prion dénaturée transforme le cerveau en éponge. L'étude et la compréhension des encéphalopathies spongiformes transmissibles, maladies incurables, se heurtaient jusqu'ici à un obstacle : les scientifiques n'avaient aucune idée de la fonction du prion et aucune piste pour la découvrir. Or, l'étude de la protéine prion normale est essentielle si l'on veut comprendre comment les prions pathogènes altèrent les fonctions neuronales.

Des équipes dirigées par Odile Kellermann de l'Institut Pasteur et Jean-Marie Launay de l'hôpital Lariboisière à Paris viennent d'ouvrir dans ce domaine une importante voie de recherche.

Grâce à un modèle neuronal in vitro élaboré à l'Institut Pasteur - des cellules souches embryonnaires (1C11) pouvant se différencier en neurones complètement fonctionnels - Odile Kellermann et sa collaboratrice Sophie Mouillet-Richard, ont montré que la protéine prion normale participait à une cascade de signalisation dont les premiers effecteurs sont désormais identifiés, et que le signal s'effectue au niveau des " bras " de la cellule neuronale, les neurites.

La protéine prion interviendrait donc de façon subtile et complexe dans une voie de signalisation permettant le maintien et la régulation des fonctions des neurones.

Le modèle neuronal in vitro des chercheurs et l'identification des premiers acteurs de la cascade de signalisation offre enfin un crible pour étudier la fonction du prion. L'étude désormais possible de cette voie de signalisation qui, par définition, implique des réactions en chaîne entre différentes molécules du neurone - fait naître aussi l'espoir de trouver des stratégies de prévention des encéphalopathies spongiformes, en bloquant des événements à un endroit ou à un autre de la chaîne.


Ces recherches ont été soutenues par le Programme de recherche sur les ESST et les prions du ministère de la Recherche.


Source :

" Signal Transduction Through Prion Protein ", Science, 15 septembre 2000

S. Mouillet-Richard 1, M. Ermonval 1, C. Chebassier 1,2, J.L. Laplanche 2, S. Lehmann 3, J.M. Launay 2, O. Kellermann 1

1 : Laboratoire de Différenciation Cellulaire, associé au CNRS, Institut Pasteur, Paris

2 : CR Claude Bernard, Service de Biochimie, hôpital Lariboisière, Paris, et Faculté de Pharmacie

3 : IGH du CNRS, UPR 1142, Montpellier


Contacts :

- Odile Kellermann, Laboratoire de Différenciation Cellulaire, Institut Pasteur

Tél : 01 45 68 85 68

E-mail : okellerm@pasteur.fr

- Bureau de Presse de l'Institut Pasteur

Tél : 01 45 68 81 46

E-mail : presse@pasteur.fr